L'histoire

Ma première expérience captivante relative au vin est survenue en 1981 alors que j’étais âgé de 14 ans. Ce jour restera à jamais gravé dans ma mémoire, car c’est le jour ou j’ai eu cette révélation qui m’a conduit à ma passion à vie pour ce nectar des dieux.

Fils d’un immigré italien, j’ai rapidement reconnu et apprécié l'importance accordée à la nourriture dans notre famille. J’aimais regarder ma mère cuisiner et j’appréciais énormément les délicieux arômes des plats italiens et du pain fait maison. Mon père qui voyageait souvent aux États-Unis pour son travail ramenait régulièrement des vins. À cette époque je n’étais pas exposé aux vins dispendieux car mes parents favorisaient les vins simple et humbles pour accompagner nos repas et les fêtes de famille.

Lors de cette soirée de 1981, mon père avait placé deux vins rouges à la table : un vin espagnol et un vin portugais. Les deux affichait une étiquette de prix de 2.99$. En observant les deux verres devant moi j’ai constaté quelque chose: ils étaient vraiment différents. La couleur était différente, les arômes étaient différents et le goût était différent. Dès ce jour, j’ai voulu comprendre pourquoi. Malheureusement, à cette période, surtout à cause de mon jeune âge, personne ne partageait mon intérêt. De plus, le vin n’était pas populaire comme il l’est aujourd'hui. J’étais très impatient d’en goûter davantage, mais cela n’arrivait que sporadiquement.

Je reçus mon premier livre de vin comme cadeau de ma sœur pour mon 17e anniversaire de naissance. C’était un livre d'introduction, et le premier de nombreux bouquins qui allaient rapidement s’ajouter à ma collection. Cette même année j’ai aussi commencé à faire du vin dans notre garage. Je désirais également en savoir plus sur les grands vins en provenance des grandes régions viticoles et je dépensais toutes mes économies accumulées avec mes emplois d'été pour acheter des vins et les déguster. À l'âge de 18, j'avais déjà amassé une collection de près de 100 bouteilles qui, aujourd’hui, ferait l'envie de beaucoup d’amateurs.

À l'été 1990, j’ai décidé de voyager en Europe pour visiter les célèbres régions viticoles et les producteurs sur lesquels j’avais lu et dont j’avais dégusté les vins. Ainsi, avec la deuxième édition de l'Encyclopédie du vin de Hugh Johnson sous le bras, j’ai visité la Champagne, l’Alsace, la Bourgogne, le Beaujolais, le Rhône et Bordeaux.

Comme si c’était mon destin, lors de ma visite à Bordeaux, je me suis lié d'amitié avec un gars aussi passionné par le vin que moi. Celui-ci était tout juste diplômé d'une école d'œnologie et de commercialisation du vin. C’était parfait: j’allais vivre et travailler avec le vin! Un an plus tard, j’étais de retour à Bordeaux pour entamer ce programme. Celui-ci fût le tremplin pour ma carrière dans le monde du vin qui m’a conduit à travailler dans la production et la commercialisation du vin à travers le Canada et à l'étranger.

Mes premières expériences de dégustation de grands vins classiques des années 40, 60, 70 et 80 étaient formatives et ont contribuées à façonner ma personnalité et mon palais. Les mots tels équilibre, élégance et profondeur étaient les mots clés dans mes lectures; ils sont également devenus mes références pour bâtir ma vie et pour définir ma vision du vin.

Le monde du vin est constamment en évolution; le défi des professionnels du l’industrie est de toujours ré-évaluer le rôle de cette noble boisson dans un contexte socio-démographique. Que ce soit l'évolution des vins traditionnels vers un style plus modernes à la fin des années 80 et 90, ou le gain en popularité des vins «natures» au cours de la dernière décennie, le vin est le reflet instantané du temps et de l'idéologie d'une génération. Les pratiques des viticulteurs après la guerre et l’impact néfaste qu’elles eûrent sur l’environnement n’est clairement plus acceptée aujourd'hui, par de nombreux consommateurs et par les producteurs eux-mêmes.

J’ai démarré l’agence Bambara Sélection en 2011 afin de partager et d'apporter ma vision du vin sur le marché: des vins authentiques, fins et élégants, réalisés par des petits producteurs qui adhèrent à des pratiques de vinification non-interventionnistes et à une culture de la vigne écologique. Je crois fermement que le vin, doit être élaboré naturellement, exprimer son lieu d’origine, avoir un prix juste et doit être démocratique, sans tomber dans la tendance ou l’élitisme. Les tendances vont et viennent, mais je suis convaincu que la viticulture réfléchie ainsi qu’un travail de précision dans la transformation du raisin au vin sont des notions simples qui passeront l'épreuve du temps.

John Bambara